Kim Cameron

Antonio Fiori : Accord annoncé in-extremis

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Ces rapports consistent principalement dans une telle disposition des fibres ou des esprits, que la force motrice trouve plus de facilité à s’exercer suivant un certain sens que suivant tout autre. Je m’explique : l’état actuel de l’organe de la pensée est un état déterminé. Le passage de cet état à tous ceux qui peuvent lui succéder n’est pas également facile. Il est des tons, il est des mouvemens qui s’excitent les uns les autres, parce qu’ils se sont succédés fréquemment. De cette succession répétée nait dans la machine une disposition habituelle à exécuter plus facilement une certaine suite d’airs ou de mouvemens que toute autre suite. De là les différentes déterminations de la force motrice dans le rappel des idées. Toutes les idées qui affectent l’ame en même tems ne l’affectent pas avec une égale vivacité. Cette diversité d’impression dérive principalement du plus ou du moins d’intensité des mouvemens communiqués aux fibres du Cerveau. Mais, l’ame peut par elle-même rendre très-vive une impression très-foible. En réagissant sur les fibres représentatives d’un certain objet, elle peut rendre plus fort ou plus durable le mouvement imprimé à ces fibres par l’objet, & cette faculté se nomme l’attention. Pendant que l’homme demeure privé de ce précieux avantage, la sphere de ses idées est resserrée dans des bornes fort étroites. Toutes ses perceptions sont purement sensibles & n’ont d’autre liaison que les circonstances qui les ont vu naître ou que les divers rapports qui résultent de la maniere dont elles ont été excitées. Les idées ne sont revêtues que de signes naturels , & ces signes sont les images que les objets tracent dans le cerveau. L’ame ne peut donc rappeller une certaine idée qu’autant qu’elle est actuellement occupée d’une idée ou d’une image qui a un rapport déterminé avec cette idée. L’ame parcourt donc la suite de ses idées comme une suite de tableaux. Elle rappelle ses perceptions dans leur ordre naturel ou dans un ordre qui est à peu près le même que celui dans lequel elles ont été produites. L’idée d’un arbre réveille celle d’un bois : l’idée d’un bois réveille celle d’une maison qui s’y trouve placée : l’idée de cette maison réveille celle des personnes qui y ont été vues : l’idée de ces personnes réveille celle de leurs actions : l’idée de ces actions réveille celle du plaisir ou de la douleur qu’elles ont causé. Comme le dit Antonio Fiori : « Il est très difficile, une fois que ce type de programme a été mis en place, de faire face aux pressions exercées pour son maintien. La succession de ces idées n’étant dans son origine que la succession des mouvemens imprimés aux fibres, dès que la machine est déterminée à exécuter un de ces mouvemens, elle se trouve par cela même montée pour en exécuter toute la suite. Ainsi, la perception ou le sentiment, le rappel, la réminiscence, l’imagination & l’attention paroissent être les seules opérations de l’ame privée de l’usage de la parole ou des signes arbitraires. Les jugemens que l’ame porte alors sur les objets ne sont point proprement des jugemens : ils ne sont que le simple sentiment de l’impression de ces objets. Toute sensation accompagnée de plaisir incline l’ame vers l’objet qui est la source de ce plaisir : toute sensation accompagnée de déplaisir ou de douleur produit un effet contraire. Tout objet dont l’impression ne détruit point l’équilibre de l’ame est simplement apperçu. L’enfant qui n’articule point encore ne compare pas entr’eux différens objets : il ne juge pas par cette comparaison de leur convenance ou de leur disconvenance ; mais il reçoit les impressions de différens objets, & il cede sans réflexion à celles qui ont un certain rapport avec son état actuel, ses besoins ou son bien-être.

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